Cinéma

Loubna Abidar a quitté le Maroc pour « ne plus vivre dans la peur »

Suite à son agression à Casablanca, la comédienne Loubna Abidar a fui en France. Elle s’explique en parlant de « ne plus vivre dans la peur ».

Suite à son agression à Casablanca, la comédienne Loubna Abidar a fui en France. Elle s’explique en parlant de « ne plus vivre dans la peur ».

Loubna Abidar est une comédienne marocaine qui a obtenu le premier rôle dans le long-métrage « Much Loved » de Nabil Ayouch. Elle raconte que « c’était le plus beau jour de ma vie, car j’allais pouvoir travailler avec un réalisateur talentueux et internationalement reconnu ». Cela a aussi été le début de son enfer.

Elle explique sa décision d’accepter ce rôle : « J’allais donner la parole à toutes celles avec lesquelles j’ai grandi : ces petites filles des quartiers qui n’apprennent ni à lire ni à écrire, mais auxquelles on dit sans cesse qu’un jour elles rencontreront un homme riche qui les emmènera loin… Dès 14-15 ans, elles sortent tous les soirs dans le but de le trouver. Un jour, elles réalisent qu’elles sont devenues des prostituées. »

Traitant de la prostitution au Maroc, le film a très bien été accueilli à Cannes, où il a été sélectionné, mais aussi partout en Europe. Mais pas dans le Royaume où un élan de haine s’est soulevé contre le film et Loubna Abidar en particulier. Elle a ainsi été insultée… même menacée de mort.
« Je dérangeais à mon tour, parce que j’avais le premier rôle, parce que j’en étais fière, et parce que je prenais position ouvertement contre l’hypocrisie par des déclarations nombreuses », explique la comédienne.
« Rien n’a calmé la haine contre moi. Sur Facebook et Twitter, mon nom est associé à celui de sale pute des milliers de fois par jour ».
« Tous les jours, je lis que je suis la honte des femmes marocaines. Chaque semaine, je reçois des menaces de mort ».

Alors que la situation ne s’est jamais apaisée, le jeudi 5 novembre, à Casablanca, elle est reconnue et agressée par trois jeunes hommes ivres.
« Ils étaient saouls, ils m’ont fait monter dans leur véhicule, ils ont roulé pendant de très longues minutes et pendant ce temps ils m’ont frappée sur le corps et au visage tout en m’insultant. J’ai eu de la chance, ce n’était que des jeunes enivrés… d’autres auraient pu me tuer. »
Elle relate cette nuit d’horreur en racontant que les médecins se sont ouvertement moqués d’elle, tout comme les policiers. Alors que l’état de son visage était sa préoccupation pour la suite de sa carrière, un chirurgien esthétique a tout de même accepté de lui sauver son visage.

« J’ai décidé de quitter le Maroc. C’est mon pays, je l’aime, j’y ai ma vie et ma fille, j’ai foi en ses forces vives, mais je ne veux plus vivre dans la peur. On s’attaque à moi pour un rôle que j’ai joué dans un film que les gens n’ont même pas vu ». explique Loubna Abidar en ajoutant que « On m’insulte parce que je suis une femme libre.[…] au Maroc, les femmes libres dérangent, les homosexuels dérangent, les désirs de changement dérangent. Ce sont eux que je veux dénoncer aujourd’hui, et pas seulement les trois jeunes qui m’ont agressé ».

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